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16/06/2012

Au Brésil de jouer!

Vendredi soir, 22h. Les trois jours du “Prepcom” (la réunion de préparation du texte final de Rio+20) sont derrière nous. C’étaient des journées chaotiques et on ne peut pas dire qu’il y ait de bons résultats jusqu’à présent. On a démarré avec un texte de plus de cents paragraphes, dont seulement un cinquième était validé et durant ce “Prepcom”, peu de progrès ont été accomplis sur le texte.  Plus inquiétant encore, il subsiste des différences majeures entre les différentes parties à la négociation sur de nombreux points fondamentaux.

Controverse(s) sur l’économie verte

Un des points à l'ordre du jour, qui génère beaucoup de controverse dans les négociations, c’est l'économie verte. De nombreux pays en développement craignent que le discours sur l'économie verte ne remplace celui sur le développement durable, tandis que d’autres – parmi lesquels les économies émergentes mais aussi les États-Unis et le Canada –  voient cette économie verte comme un obstacle à leur développement économique.

La nuit dernière, le G77 (le groupe des pays en développement) et la Chine ont paralysé les discussions sur l'économie verte en invoquant le fait qu’ils voulaient d’abord des progrès suffisants sur des dossiers comme le financement, le transfert de technologies, etc.

La discussion de fond sur les Objectifs de Développement Durable (ODD) –  que beaucoup considèrent comme pouvant être un résultat concret de Rio+20 – a aussi été éclipsée par le débat sur ​​le financement de ces ODD.  Le G77 et la Chine ont en effet lancé une proposition d’établir un fonds pour le développement durable.

 

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Football et négociations

A présent le Brésil qui, en tant qu’hôte de la conférence,ne peut pas se permettre un échec, doit prendre les choses en main pour parvenir àun accord significatif avant le début du Sommet de la Terre qui rassemblera les leaders des gouvernements du 20 au 22 juin. Lasse Gustavson, chef de la délégation WWF ici à Rio, a déclaré à cet égard que"les Brésiliens vont devoir négocier aussi bien qu'ils jouent au football."

Mais la société civile, représentée dans ce qu’on appelle les "major groups", s’occupe de tenter d’influencer les négociations de nombreuses manières.  Au WWF, nous avons également une équipe solide, et il est très stimulant et motivant d’en faire partie ! Nous allons donc continuer à travailler pour que « The Future We Want » (titre prévu pour la Déclaration de Rio+20) devienne une réalité.

 

15/06/2012

Le futur que l’on veut

L’appartement où je me trouve avec la délégation WWF est à une demi-heure du centre de conférence. Rio est une ville chère, et le prix des hôtels atteint des sommets. Mais en fait, je préfère être dans un appartement car on se rencontre et on échange autour du petit déjeuner : qu’a dit tel négociateur, comment évolue le point de vue de tel pays, est-ce que telle matière va dans la bonne direction ou pas?...

Rio +0

Alors que le taxi nous transporte à travers cette métropole, je pense aux grandes attentes que cet endroit a générées dans le monde entier il y a 20 ans. L'Humanité s'est rendu compte qu’elle gaspillait la Terre. Nous avons compris que nous mettions la planète sous trop de pression. A partir de ces préoccupations sont nés quelques beaux enfants, dont entre autres la Déclaration de Rio sur l'environnement et le développement.

Rio1992 a également accouché de 3 conventions célèbres: la Convention sur la diversité biologique, la Convention sur le climat et la Convention sur la lutte contre la désertification. N’oublions pas que Rio1992, c’est aussi le développement de l'Agenda 21, un plan d'action pour aider les autorités à mettre en place le développement durable à tous les niveaux.  Le nom Agenda « 21 » vient du fait qu’à cette époque, le 21e siècle paraissait encore loin et qu’on pensait atteindre le développement durable d’ici là…

Fini les réminiscences, nous arrivons au centre de conférence. Du 20 au 22 juin, les leaders politiques du monde entier se réuniront ici et devront s’accorder pour engager le monde sur un nouveau chemin. Et il le faut car force est de constater qu’en 20 ans, peu d’avancées ont été obtenues et que parmi les crises que nous vivons aujourd’hui (montée des inégalités, crises économiques et financières, déclin de la biodiversité et crise climatique,…) certaines (financières) cachent les autres (biodiversité et climat), qui sont pourtant beaucoup plus fondamentales.

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"The future we want"

Je fais à présent la queue pour entrer dans le centre de conférence. J'ai un badge qui me permet de rentrer que l’on appelle "badge rose".  J’y ai droit car il y avait une place pour quelqu’un du monde environnemental sur la liste de la délégation belge.

Une fois à l'intérieur, c’est un peu la folie.

Tous les diplomates et fonctionnaires, qui ont travaillé comme des fourmis ces derniers mois pour effectuer le travail préparatoire pour la conférence, se hâtent vers leur prochaine réunion, tandis que les gens des ONGs  tentent de leurfaire passer leurs messages et leurs exigences.

Un peu d’information sur l’agenda de Rio+20 : il y a en fait trois points principaux. Tout d'abord et avant tout un nouveau cadre institutionnel ;il faut veiller à ce que le développement durable obtienne plus de poids politique au niveau des Nations Unies. Le deuxième point porte sur la mise en place d’une «économie verte», soit une économie durable qui protège l'environnement et la biodiversité et qui permet d’éradiquer la pauvreté. J’en parlerai plus les jours prochains car pour le WWF, il s’agit d’une des solutions qui permettra d’améliorer les choses. Enfin, troisième point à l’agenda : discussion sur les Objectifs de Développement Durable (ODD), qui suivraient les Objectifs du Millénaire pour le développement (qui se terminent en 2015).

Bien sûr, des thèmes divers vont aussi être abordés : l’énergie durable, l’agriculture, les océans, l’égalité homme-femme, l’éducation, etc. Ils font en effet partie intégrante du développement durable.

Le texte final avec les conclusions de Rio+20, devrait s’appeler « The Future We Want » (lettres capitales inclues). Nous verrons bien de quel futur on parle… Sur ce, je retourne au front !

 

14/06/2012

Dix jours pour la Terre...Tout un programme!

Il y a bientôt 20 ans, je suis partie en Indonésie durant 5 ans pour y travailler sur des projets de lutte contre l'érosion et d'agriculture durable locale. Aujourd’hui, je me trouve à Rio de Janeiro, au Brésil. Pas pour voyager et parcourir ce vaste pays, mais bien pour m’enfermer pendant 10 jours dans un centre de conférence, où aura lieu la semaine prochaine le prochain « Sommet de la Terre » pour le développement durable. Dix jours pour la Terre… Tout un programme. Et pourtant, il est essentiel de parvenir à un résultat, car ce dont il s’agit, c’est bien de la préservation de notre Terre Mère, dont nous dépendons tous.

Quand je repense à l’Indonésie et au monde d’il y a 20 ans, comme il a changé… Quand je suis partie là-bas, je n’avais évidemment pas de GSM avec moi et je ne pouvais donc être en contact permanent avec ma famille. Au début, je vivais dans une maison traditionelle sans téléphone, et je devais attendre des semaines avant d’avoir par lettre quelques nouvelles de la Belgique. Aujourd’hui, j’ai deux GSMs, un belge et un brésilien, afin de pouvoir bénéficier des appels locaux moins chers avec mes collègues sur place. J’ai bien sûr aussi mon ordinateur portable, pour pouvoir effectuer des rapports sur ce qui se passe dans les négociations. Ou pour pouvoir recevoir en live les dernières infos sur le positionnement de certains pays dans diverses matières. La place qu’a pris la technologie dans nos vies…

Il y a 20 ans, en 1992, le premier Sommet de la Terre a eu lieu au même endroit, à Rio. Il était déjà clair à l’époque qu’il fallait agir pour un monde meilleur. Depuis lors, l’Indonésie est devenue une sorte de champion du monde de la déforestation. Avec un taux de disparition de 50 km² par jour, les forêts indonésiennes sont en mauvaise posture. Bien que la déforestation se produise principalement sur les îles de Bornéo et de Sumatra, l'île de Sulawesi où j’ai vécu 5 ans est sans doute également transformée. J'ai lu récemment dans un rapport du WWF que les systèmes d'irrigation dans la plupart des champs de riz ne fonctionnent plus à cause de la déforestation. Sans oublier les nombreuses espèces gravement menacées. Le Rapport Planète Vivante 2012 du WWF l’a récemment confirmé : la biodiversité subit un déclin dramatique, et cela s’observe en particulier dans les tropiques où 60% (!) de la biodiversité a disparu depuis 1970.

En tant que responsable du département Politique au WWF-Belgique, je devrai apporter ma (petite) pierre à l’édifice des solutions à ces problèmes environnementaux. Je pense qu’il est difficile d’imaginer à quels points les défis dont on parle sont grands. Heureusement, il y a sur place toute une équipe du WWF qui essayera de pousser les négociations dans la bonne direction !

A très vite, à Rio !