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23/06/2012

La déclaration finale

Vendredi soir, au Rio Centro. C’est le dernier jour du Sommet de la Terre, et il est temps de faire un bilan du résultat obtenu. Qu’est-ce qui est ressorti de cette conférence, à laquelle tant de politiciens, ONGs, syndicats, entreprises, personnes du monde académiques ont participé? Les efforts en valaient-ils la peine?

Quiconque a suivi ce blog sait déjà que le résultat ne répond pas aux attentes du WWF. La Déclaration de Rio intitulée « L'avenir que nous voulons », qui sera bientôt officiellement approuvée, est un texte de compromis sans ambition. La volonté politique nécessaire d’aller au-delà du minimum à Rio a été complètement absente.

Les enfants s’inquiètent

Et pourtant, il y a beaucoup en jeu. L'urgence d’agir (souvent négligée et noyée dans de longues heures de négociations sur un texte), a été douloureusement mise en évidence cet après-midi lors d’un événement parallèle à la conférence sur les financements innovants pour le développement durable. Le ministre fédéral Paul Magnette a été l'un des intervenants, et il a plaidé fortement en faveur de l'introduction d'une taxe sur les transactions financières, pour laquelle la Belgique et quelques 40 autres pays se sont déjà engagés. Il est regrettable qu'une décision claire sur cette taxe ne se retrouve pas dans la Déclaration de Rio.

Ce que je voulais vous raconter, cependant, c’était ceci : avant que l’événement ne commence, deux enfants sont montés sur le podium. Ils appartenaient tous deux à des peuples autochtones, d’Asie et des États-Unis. Avec beaucoup d’émotion, ils ont appelé à ce que la terre qu’ils occupent et dont ils dépendent ne soit pas détruite et gaspillée. Le président d'Oxfam International, également un orateur, a dit à juste titre que cette démonstration du souci que les enfants se font pour leur avenir nous ramenait à la réalité et nous forçait à regarder les choses en face.

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© WWF-Brazil / Juvenal Pereira

Des visionnaires

Alors, Rio +20 a-t-il été un échec complet et de telles conférences devraient-elles ne plus exister ? Je ne crois pas. Parce que des discussions multilatérales entre les pays sur les problèmes et les défis auxquels nous faisons tous face restent importantes. Et parce que pendant ces dix jours, on a vu qu'il existait encore des gens visionnaires, dans l'industrie, dans les villes et les municipalités, et dans certains pays. Il est donc important de travailler avec ces personnes pour initier les changements nécessaires qui feront que nous pourrons laisser une planète vivante aux générations futures.

Pour moi personnellement, le résultat officiel est évidemment très décevant, mais c’était extrêmement intéressant de vivre cette conférence de l’intérieur et de faire partie d'une équipe dynamique avec des collègues provenant du monde entier. La coopération avec les gens de la délégation belge et d'autres représentants de la société civile était également très bonne.

Quelques lumières dans la nuit

Heureusement, en dehors de la partie officielle de Rio (la Déclaration), un certain nombre d'engagements ont été pris, comme celle des huit plus grandes banques du monde qui ont accepté d'investir 175 milliards en transports en commun et en pistes cyclables. Ou le gouvernement britannique qui est le premier à imposer à ses grandes entreprises de mesurer et de publier leur empreinte carbone. Ou encore le Mozambique qui a établi un plan pour développer une économie verte. Ils vont donc travailler au développement vert de leurs villes, de leur agriculture et de leur énergie. Ils feront également un plan visant à mieux protéger leurs ressources naturelles, y compris leurs zones marines au large de leur côte.

Maintenant, après l'interminable liste des discours officiels des divers pays, la session finale de la conférence va commencer. On ne s'attend plus à une révolution, la Déclaration va être approuvée. Le travail essentiel sera pour demain, avec tous les segments de la société, pour faire en sorte que «l’avenir que nous voulons» devienne une réalité, que le monde politique s’y engage ou pas.

 

 

 

22/06/2012

Agir nous-mêmes

Jeudi midi, au Riocentro, nous sommes le deuxième jour du segment ministériel de la conférence de Rio qui se terminera demain. Depuis l’arrivée des chefs d’État ou de gouvernement, c’est la folie ici. C’est quand même une situation étrange : alors que d’habitude, pendant ce genre de conférences, on négocie jusqu’aux petites heures pour parvenir à un accord, ici tout était déjà conclu alors que les ministres n'étaient même pas encore arrivés. En tout cas, chapeau aux techniques de négociation des Brésiliens, ils ont réussi un forcing impressionnant pour obtenir l'accord. 

Que font les ministres ?

Mais que viennent faire les ministres ici, alors ? Vont-ils prendre leurs responsabilités et veiller à ce que la déclaration de Rio reflète la vision et l'ambition nécessaires pour mener le monde vers un futur plus durable ? C’est la grande question que se pose le WWF. Et même si nous savons que ce n’est pas évident, nous continuerons à mettre les politiques devant leurs responsabilités. Certains membres du WWF ont pris part à une manifestation dans le cadre du People’s Summit, le « sommet du peuple » alternatif qui se déroule en même temps à Rio afin d'appuyer le message.

De quoi déprimer… Heureusement, le courriel envoyé par Stijn, l’un de mes collègues à Bruxelles, me remonte un peu moral. Il m’a envoyé la chanson « We doen het zelf wel » de Radio Oorwoud, chantée par Stijn Meuris. Ca m'a regonflé à bloc ! Radio Oorwoud est un projet éducatif du WWF qui propose un CD plein de chouettes chansons sur la nature et les animaux, sur l'environnement, etc. De fait, nous devons agir nous-mêmes, nous ne pouvons pas placer tous nos espoirs dans des négociations comme celles de Rio. Chaque jour, de nombreux individus, mais aussi des autorités, entreprises, villes et communes prouvent qu’ils sont sérieux dans leur volonté de transition et qu’ils sont prêts à se retrousser les manches.

Rio+20


L’Europe est isolée

L’Europe elle aussi ne peut plus compter que sur elle-même. Il apparaît clairement que l’UE a essayé, sans succès, de mettre des objectifs plus ambitieux sur la table. Les autres groupes de pays, le G77, la Chine et les États-Unis en tête, n’étaient pas demandeurs, et l’UE s’est donc retrouvée complètement isolée à un moment des négociations. L’une des raisons de cette situation est certainement le fait que l'Union européenne, à l'image de la plupart des autres pays de l'OCDE, n’assume pas sérieusement ses émissions anciennes et actuelles de gaz à effet de serre. L’UE reste fermement accrochée à ses objectifs de 20 %, alors qu’il est clair qu’une réduction interne de 30 % est le strict minimum pour maintenir le réchauffement climatique sous le seuil dangereux des 2°C. Les pays en développement avaient d’ailleurs émis de lourdes critiques à cet égard à Rio alors qu’on leur demandait d’assumer leur part de l’effort nécessaire pour résoudre les problèmes environnementaux.

Un autre élément ayant contribué par exemple à la discussion sur la suppression des subventions pour les carburants fossiles est la position très vulnérable de l’UE dans son argumentation en faveur de cette suppression. En effet, elle n’a pas pu donner de réponse satisfaisante à la question de savoir pourquoi elle désirait supprimer ce soutien uniquement et non les autres subventions européennes importantes à l’agriculture et à la pêche non durables. Si ces dernières ne sont pas supprimées ou reportées au profit du soutien de pratiques agricoles durables, l’UE ne réussira jamais à respecter ses engagements négociés à Nagoya (où a eu lieu le dernier sommet sur la biodiversité) en faveur de la protection de la biodiversité. Rien d’étonnant dès lors à ce que le paragraphe sur la suppression des subventions pour les carburants fossiles ait été fortement modéré dans le texte actuel.

Charité bien ordonnée…

Dès le lendemain de la conférence Rio+20, l’Union européenne devra œuvrer en toute urgence aux réformes nécessaires à la politique agricole et la politique de la pêche européennes. Tant que l’UE ne prendra pas les mesures pour rendre sa propre politique et son économie plus vertes, elle continuera à éprouver des difficultés à être considérée comme un acteur crédible au niveau mondial.

Donc merci à l’UE (et à la Belgique) pour vos points de vue progressistes à Rio, mais mettons-nous maintenant au travail pour notre propre politique interne : c'est à nous d'agir !


20/06/2012

Un manque profond d’ambition

Pas de remarques? Alors c’est approuvé.

Ce mardi matin, tout est allé très vite. Un nouveau texte a donc été distribué et quelques heures plus tard lors de la réunion plénière, le ministre brésilien des Affaires étrangères Antonio de Aguiar Patriota a dit ces quelques mots : "Quelqu'un a-t-il des commentaires? Non? OK alors le texte est approuvé ", suivi d'un très rapide coup de marteau… On est restés « scotchés », se demandant comment cela était possible. Il y a eu des applaudissements tièdes, et quelques « bouh » manifestés…

Donc, en principe, ce texte regorgeant de mots vides sans ambition sera approuvé dans les prochains jours par les chefs d'État et de gouvernement. Pour le WWF, il n'y a qu'une seule façon de redresser la situation: les chefs de gouvernement doivent augmenter le niveau d'ambition du texte si on veut vraiment solutionner le changement climatique, la pauvreté, le déclin de la biodiversité, etc.

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Let's get seRIOus!

Ce matin,des militants du WWF se trouvaient au centre de conférence avec un gros ballon portant l’inscription "Let 's Get SeRIOus".  Après quinze minutes, il  y avait déjà un hélicoptère qui tournait autour, suivi par des membres de la sécurité issus de l'armée (nombreux ici) leur intimant l’ordre de partir. Gros contraste avec la conférence d’il y a 20 ans : le WWF avait mené une action similaire qui n’avait posé aucun problème.

Roberto, un collègue provenant de l'Equateur et qui était là en 1992, me l’avait déjà souligné: la participation des ONGs et de la société civile à la conférence en tant que telle est moins bonne qu’à l'époque. Tout simplement car elles sont mises à l’écart du débat politique : le Sommet des peuples (où les ONGs font campagne et se rassemblent) se tient dans le centre de Rio, à l'écart du centre de conférence, et a peu donc d'influence sur la conférence. Demain, il y aura une manifestation à ce sujet. Espérons que les politiciens entendront leur voix.